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Interview Jacques Desmeules, président de la Ligue Française Contre la Vivisection (LFCV), association créée en 1956

D.D.A. (Droits des Animaux) : Bonjour, quelle est la mission de votre association ?

J.D. (Jacques Desmeules) : A la LFCV, nous nous efforçons de concilier abolitionnisme scientifique (1) et abolitionnisme éthique (2), tout en dénonçant les méfaits environnementaux découlant de l'usage des animaux pour les protocoles d'expérimentation, car nous estimons que tous ces aspects sont liés par le scandale de l'expérimentation sur l'animal. En effet, si les méthodes scientifiques de substitution à l'animal (MSSA), qu'on appelle plus communément « méthodes substitutives », venaient à remplacer la vivisection, un grand nombre de produits toxiques seraient retirés du marché, car les tests sur les animaux permettent aux industries pharmaceutiques et chimiques de blanchir des substances dangereuses pour la santé et l'environnement : on choisit toujours de tester sur les animaux les plus résistants à la molécule dont on veut obtenir l'autorisation de mise sur le marché (AMM). D'où les réticences d'un certain nombre de scientifiques, soumis à la pression des industries, à mettre en œuvre les MSSA. Certains toxicologues estiment que peut-être 50 % des produits chimiques pourraient être aussi frappés d'I.M.F. (Interdiction de Mise en Fabrication)

D.D.A. : Avez-vous demandé les chiffres des sommes allouées à la recherche publique sur les MSSA ?

J.D. : Oui, bien entendu. Mais nous n'avons obtenu aucune réponse probante, uniquement des réponses de convenance. Puisque en France, les ministères ne répondent que lorsque la question ne les dérange pas [NDLR : à ce jour DDA n'a également obtenu aucune réponse à ses courriers à Mme Valérie Pécresse, ministre de la recherche], nous avions décidé de passer par la voie de la question écrite au gouvernement, procédure qui oblige en théorie le gouvernement à répondre précisément. Mais là encore, nous n'avons eu que des réponses approximatives, n'apportant aucune information concrète, ni aucun engagement de la part des pouvoirs publics. Nos questions sont tout simplement passées à la trappe ! Ils craignent que l'opinion constate combien est faible l'effort publique en faveur de la recherche substitutive.

D.D.A. : Nous n'avons donc aucun chiffre, hormis pour la période 1994 à 1997, pourquoi les pouvoirs publics ont-ils donné ces chiffres ?

J.D. : dans les années 90 sévissait le scandale des chiens et des chats qui étaient kidnappés pour alimenter les labos. Le gouvernement a donc été contraint, sous la pression de l'opinion, de montrer des signes de bonne volonté par rapport à l'abandon de l'expérimentation et le développement des MSSA. Mais quand on voit le montant des sommes qu'ils ont déclaré consacrer à la recherche substitutive, il y a vraiment de quoi rire ! Rien n'est fait pour développer les MSSA, c'était vrai à l'époque, ça l'est tout autant aujourd'hui. Nous avions demandé la création d'une Commission Nationale des Méthodes Substitutives (CNMS), cela n'a jamais été retenu. Par contre, la Commission Nationale à l'Expérimentation Animale (CNEA) continue de sévir, alors qu'elle aurait dû être liquidée depuis longtemps : cette institution, qui compte une infime minorité d'opposants à la vivisection (mais où ont été présents des fabricants de matériels de contention pour les labos !), viole le décret 87/848 du 19 octobre 1987, qui stipule que, lorsqu'une méthode alternative à l'expérimentation animale existe, elle doit la remplacer. En effet, elle n'empêche pas l'utilisation des animaux pour la recherche, même lorsque les MSSA existent ! Elle en a pourtant parfaitement connaissance, par son accès aux banques internationales de données sur le sujet. On est bien loin d'une situation à la Suisse, où les animaux d'expérimentation sont fournis avec parcimonie, sur dossier, de manière centralisée par l'Office Fédéral Vétérinaire, qui donne difficilement les autorisations. En France, sous la pression des expérimentateurs, l'un des arrêtés du décret de 1987 qui s'alignait sur le modèle Suisse a été supprimé ! Nous en sommes aujourd'hui à une décentralisation des autorisations au niveau préfectoral ! En quoi les préfets sont-ils compétents sur ces questions scientifiques ? En rien, évidemment. Mais ils n'hésitent pas à s'en mêler pour des raisons économiques, espérant que cela permettra l'installation de labos sur leur territoire pour développer l'emploi ! Voilà où nous en sommes aujourd'hui, c'est proprement scandaleux.

D.D.A. : A combien estimez-vous les sommes allouées à la recherche pour le développement des MSSA en comparaison des sommes dépensées pour l'expérimentation animale ?

J.D. : C'est peut-être de l'ordre du 1/1000000e.

D.D.A. : Jacques Desmeules, merci.


NDLR

(1) L'abolitionnisme scientifique consiste à demander l'abolition de l'expérimentation animale au motif que celle-ci n'est pas viable scientifiquement, et donc dangereuse pour la santé humaine et pour l'environnement. Les méthodes substitutives sont donc prônées pour des raisons sanitaires. Cette position est soutenue en France par des associations comme Pro-anima ou Antidote, constituées de chercheurs.
(2) L'abolitionnisme éthique demande l'abolition au motif qu'il n'est pas éthique de torturer et sacrifier les animaux pour la recherche. Les méthodes substitutives sont donc demandées au nom du respect de l'animal. Position soutenue par Droits des animaux, la LFCV et de nombreuses autres associations, pour qui la viabilité de l'expérimentation animale, même si elle était démontrée, ne serait pas pour autant recevable.



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