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Une belle journée à la campagne...

Militer pour une cause que l’on défend peut être très agréable.
Après une vie professionnelle consacrée à lutter contre la maladie que tout un chacun craint le plus, ma satisfaction est grande, maintenant, de me mobiliser contre la chasse à courre, activité cruelle dont le but est l’assassinat à l’arme blanche, souvent de face et toujours après poursuite, de grands animaux sensibles et intelligents.

Samedi matin, rendez-vous de bonne heure quelque part à Paris pour une intervention dans une forêt. Une quarantaine de personnes –« hunt saboteurs »-habillées de noir, se retrouvent pour cette action commune. Il est prévu qu’un autre groupe nous rejoigne à destination.
Le lieu de regroupement et de consignes, se trouve à une dizaine de kilomètres de la forêt, et ne sera connu qu’au dernier moment, celui du départ.
Nous nous y rassemblons après un trajet routier. Le groupe est maintenant complet : une soixantaine de participants, hommes et femmes, dont le désir commun est de saboter cet amusement ridicule et pervers.
File serrée d’une douzaine de voitures qui se parquent en forêt, là où l’équipage doit partir. Groupe calme et pacifique. Le noir des tenues témoigne de notre détermination ; cette couleur est impressionnante, voire inquiétante, chacun peut choisir ses armes ; les nôtres sont pacifiques.

Pas de chasseurs en vue… Trois voitures partent en repérage. Elles seront vite reconnues par les gens de la chasse, comme nous-mêmes, pour le plus grand bien de notre action.
Nous informons les gendarmes de notre présence et de notre nombre.
Quelques minutes après arrive une Land Rover avec gyrophare bleu, tractant un van avec chevaux.
Réserve policière normale mise à part, ces deux gendarmes apparaissent compréhensifs, sinon amicaux. Qui a dit que nous sommes des gangsters et des terroristes comme on l’entendra ensuite ? Pas eux.

Midi. Les éclaireurs nous informent que la chasse est annulée.
Il a suffit de faire savoir qu’on était là…
Pause déjeuner.
On entend du cor en forêt. Déplacement pédestre rapide vers le "musicien".
La course à pied est excellente pour la santé ; l’effort est certain, surtout quand elle se pratique sur une allée cavalière sableuse. La difficulté est alors de rester groupés pour ne pas que l’un(e) d’entre nous se fasse capturer par un des multiples suiveurs, probablement considérés comme des plébéiens indispensables, qui nous pistent en VTT et qui sont à la fois les informateurs et les admirateurs des gens enrubannés plus haut perchés ... Symbiose entre admirateurs et admirés.
Rejoint, le sonneur est un vieux marquis tenant difficilement sur sa monture et jouant faux, image de ce qu’est, à nos yeux, la chasse à courre à notre époque…
Il y a, autour de lui, une foule admiratrice qui l’écoute et le gratifie périodiquement d’applaudissements.
Nous nous regroupons à une cinquantaine de mètres de ces gens qui nous manifestent leur hostilité par quolibets et gestes parfois obscènes. Nous calmerons nos plus jeunes qui seraient tentés de répondre. Nous sommes là pour attendre ceux qui sont allés ailleurs en forêt. Silence et dignité.
Cependant l’une d’entre-nous aura reçu un coup de poing dans la figure et nous seront mitraillés au télé-objectif.
J’entends : « T’as vu, il y a un vieux ! »
Le vieux court encore et il préfère être de ce côté-là que de l’autre…
La durée de l’attente apprivoise un peu les uns et les autres et diminue l’hostilité des plus raisonnables. Un dialogue commence à se nouer. Il tournera vite court devant l’absurdité des arguments employés qui ne servent qu’à justifier ce plaisir si particulier et finalement inavouable : celui de tuer.
Qui peut dire qu’il aime tuer ?
Le ton monte progressivement. Nos interlocuteurs passent du déni à la violence et à l’agressivité verbale. L’affrontement n’est pas loin. Les gendarmes, garants de l’ordre public, nous demandent de nous en aller.

Fin de l’opération. Conclusions tirées ensuite dans le calme agréable d’une propriété amie.
Le cerf a été épargné ; vivre un peu plus dans cette belle forêt en échappant à la dague doit être bon à prendre.
Nous aurons vécu une journée aérée et sportive suivie d’une bonne nuit de sommeil, favorisé aussi par une certaine cohérence mentale ; de celle qui réconcilie la morale intime de chacun et ses convictions avec sa propre conduite et son action.

VENEZ NOUS REJOINDRE
Le nombre est notre force.
Nous restons dans la non-violence et la légalité strictes.

Notre présence et parfois un peu de bruit suffisent, le plus souvent, à empêcher ces manifestations, indignes de gens civilisés, dont nous voulons l’abolition, comme chez nos voisins européens.
Il n’est pas nécessaire d’être sportif ; chacun peut être utile et y trouver sa place à condition d’être sincère et motivé(e).


Ohiyesa, hunt saboteur.
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