Réaction à l'article "Mort aux vaches" de Jérôme Fénoglio (lemonde.fr*)
Bonjour,
Je souhaite véritablement une réforme des écoles de journalisme afin de sortir de cette dialectique sclérosante dont le but ne peut être que de laisser le lecteur dans une désolante impasse intellectuelle. Lorsqu'elle aborde le végétarisme, il faut reconnaître que l'intelligentsia omnivore ouvre de mieux en mieux le sujet. C'est vers le milieu, ou dans le moins pire des cas vers la fin, que le dérapage se produit.
Après un très bon rappel des terribles conséquences de la consommation de viande, l'auteur ne peut s'empêcher de se démarquer d'un groupe qui pourtant n'en consomme pas et devrait donc logiquement être LA solution aux problèmes : les végétariens. Mais non. Il se contente de fustiger ceux qu'il considère comme extrémistes (sans pour autant dire du bien de ceux qui pourraient ne pas l'être...)
C'est une parfaite illustration du malaise omnivore face à la réalité. Jusqu'ici bien au chaud dans un mode de vie fédérateur d'une majorité et auto-justifié par l'inconscience des habitudes, il devient impossible désormais d'ignorer ou de railler le mode de vie végétarien. Les Tout-puissants d'autrefois apparaissent comme des aveugles irresponsables et s'il y a une chose qu'Homo Sapiens Sapiens déteste par dessus tout, c'est d'avoir eu tort. La pilule est donc difficile à avaler et ceux qui ont réduit depuis très longtemps leur impreinte écologique grâce au végétarisme deviennent génants vis-à-vis de ceux qui protégent leur droit au beefsteack par l'inénarrable "cri de la carotte" ou autre malhonneteté intellectuelle. Et en plus, de nombreuses études montrent que les végétariens sont en excellente santé. Le cauchemar de Maïté... On assiste ainsi à quelques sursauts d'orgueil pathologique dans le but de ne pas prêter trop de mérite à ceux que l'on dénigrait si facilement auparavant. Autrefois on accusait le chien d'avoir la rage pour le noyer, il est aujourd'hui dans l'ère du temps d'accuser ceux qui dérangent d'intégrisme ou d'extrémisme et tant pis pour les amalgames...
Regardons ce qu'est l'extrémisme selon Jérôme Fénoglio :
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des excès de langage contre-productifs : ne veut-il pas plutôt parler de vérités qui dérangent ? Un psychologue pourrait peut-être l'aider à rendre son égo moins susceptible. Qu'il donne ensuite l'adresse aux autres choqués et cette forme d'extrémisme sera enfin éradiquée.
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des pratiques intolérantes : la phrase "
Certains végétaliens parmi les plus intégristes, qui ne refusent pas seulement la nourriture mais aussi tous les produits d'origine animale" dénoterait-il chez lui une certaine inertie mentale ? Lorsqu'on rejette la viande, le poisson, le lait, le miel et les oeufs, pour quelles bonnes raisons devrait-on accepter le cuir, la laine, les plumes et la soie ? Toutes les productions animales sont intimement liées et exclure l'ensemble n'est pas de l'extrémisme mais de la logique et de la cohérence. Ensuite, toujours "
parmi les plus intégristes", ils "
excluent désormais les relations sexuelles avec des "mangeurs de cadavres"". Serait-il étonné si une étude indiquait que des personnes refusent d'avoir des relations sexuelles avec des gens violents ? La consommation de viande est une forme de violence à part entière, et pas la moindre. Il est tout à fait légitime que des végéta(r)(l)ien(ne)s puissent refuser de faire entrer cette violence dans leur vie intime. Personne n'est obligé de consommer de la viande...
Je trouve enfin superfétatoire les guillemets qui encadrent "
mangeurs de cadavres". Ecrit-on : "Les chacals sont des "mangeurs de cadavres"" ou bien : "Les chacals sont des mangeurs de cadavres" ? Dès lors que la chose mangée est fondamentalement la même, il est tout à fait correcte d'écrire "Les omnivores sont des mangeurs de cadavres" (oui, sans guillemet). Il faut assumer ce que l'on est et ce que l'on fait plutôt que chercher à se dissimuler derrière des petites manipulations linguistiques...
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faire référence au génocide pour parler de l'abattage des animaux : conseil de lecture : "
Un éternel Treblinka". Il n'est nullement question de comparer le sort des déportés dans les camps d'extermination et le sort des animaux dans les abattoirs, pas plus que l'on peut comparer d'autres génocides entre eux... Le seul parallèle que l'on puisse faire entre ces violences inouïes, c'est qu'à chaque fois un groupe de personnes se croit supérieur à un autre groupe et agit comme les pires meurtriers sans la moindre culpabilité. Qu'est-ce qui sépare finalement le statut "animal" du statut "humain" ? D'abord l'arbitraire de nos préjugés...
La fin est pathétique : l'auteur espère du Nord une pédagogie subtile afin d'expliquer au Sud qu'il ne doit pas faire... comme le Nord. Et il s'empêtre dans une sorte d'autoflagellation : "
Comment demander à des milliards d'êtres humains de se montrer raisonnables avec un produit dont nous nous sommes tant gavés et dont nous continuons à être les premiers consommateurs ?", "
Comment donner des conseils que nous ne suivons pas ?", ... Triste masturbation intellectuelle et constat de son propre échec sur la question. Au lieu de penser dans le vide, il ferait mieux d'agir : qu'il devienne d'abord végétarien, cela ne dépend que de lui ! Même s'il n'aura pas totalement changé le monde, il aura changé lui-même et c'est déjà beaucoup. Etre pédagogue, ce n'est pas d'imposer "Faites ce que je dis" mais de proposer "Vous pouvez faire ce que je fais parce que...". Les réponses aux questions viennent alors d'elles-mêmes... Je suis sûr qu'ensuite ses articles sur la protection de l'environnement seront bien meilleurs : on parle toujours mieux de ce que l'on connaît vraiment en le pratiquant.
Maxence
*publié sur
lemonde.fr