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Des droits reconnus contre des devoirs imposés.

Quel bouclier peut se lever devant l'irresponsabilité des chasseurs, des toreros, de tous ceux qui jouent avec la vie et les souffrances des animaux, comme des enfants idiots ? Quelle protection peut-on espérer pour les animaux, ces victimes sempiternelles de l'ignorance et de l'irresponsabilité de ceux qui, par légèreté, ne voient dans la souffrance et la mort de leurs victimes qu'un problème subalterne ?

Des droits, à l’évidence. Ces droits qu'on leur refuse, une fois transposés dans le droit positif, protégeraient les animaux, bien mieux que la bonne volonté de leurs tortionnaires, qu'on attendra longtemps. Bien sûr, des droits ne les prémuniraient pas de tout crime possible et imaginable, ainsi qu'il nous est toujours possible de succomber à quelque agresseur, pour qui notre vie n'aurait aucune importance, de même que celle des animaux, si méprisée par tant de nos contemporains. Ceux-là refusent les droits des animaux, prétextant qu'au mieux, nous n'aurions que de devoirs envers les animaux, du seul fait que ceux-ci ne sont en mesure de contracter avec nous.

Un esprit avisé se garderait pourtant bien de nous objecter cela, car chacun sait que lorsqu'on a des intérêts, nul besoin de contracter pour être protégé par le droit. L'enfant, l'handicapé mental, n'ont assurément aucune représentation de quelconques droits ou devoirs, mais n'en sont pas moins protégés par des droits.

Mais pour autant, ne peut-on considérer que les animaux puissent avoir des droits, non seulement parce qu'ils ont des intérêts, mais aussi parce qu'ils ont des devoirs ?

Le fait est qu'à défaut de jouir de droits pour les protéger, les animaux sont actuellement soumis au devoir de ne pas nuire aux humains, de la manière la plus totale qu'on puisse imaginer. Car là où la prison, après une saine procédure, sanctionne le criminel, la mort sans autre forme de formalité est administrée promptement à l'animal qui aura dépassé le seuil du tolérable (un tel seuil étant bien vite dépassé lorsque l'agresseur n'est pas membre de l'espèce humaine).

Alors, à leur avoir imposé des devoirs, ne devrions-nous pas, également pour cette raison, leur reconnaître des droits ?

Parler d'un droit de l'animal dans le cadre des droits-devoirs implique qu'ils aient l'obligation de respecter les droits équivalents de l'autre partie (pour être protégé par des droits, le sujet doit lui-même respecter les droits d'autrui, sous peine de détruire son propre droit en lui retirant sa légitimité, donc son caractère effectif). Cela tombe très bien, puisqu'on l'a vu, les animaux se voient de toutes manières contraints au respect des droits des humains, ce qui serait conforme à leur intérêt si en retour ils bénéficiaient de protections comparables.

Certains objecteront que les animaux ne subissent pas à proprement parler de sanctions (étant incapables de se les représenter comme telles), qu'on se préserve simplement du danger qu'un animal dangereux représente, et que tout manquement au droit doit correspondre à une sanction, laquelle sanction qualifie justement l'idée même de devoir. Il ne serait alors pas possible de dire que les animaux soient sanctionnés ; l'on se préserverait simplement d'eux, ainsi qu'on se préserve d'un avalanche. Et par conséquent ils n'auraient pas de devoirs (et donc pas de droits).

On répondra que si une avalanche ne peut avoir des devoirs, cela n'est pas du fait qu'elle ne peut se les représenter, mais parce que les devoirs correspondent à une obligation de restreindre sa liberté au profit de celle des autres. Si une avalanche n'a pas de volonté, un animal, lui, en a bien une. Aussi la mise à l'écart, ou toute autre « mesure de préservation », comme certains les appelleront, qui sont infligées aux animaux (de même qu'aux déments) par les humains, correspondent-elles bien à une obligation objective pour les premiers de respecter les droits des seconds. On a ici déjà établi que les animaux ont au minimum des obligations. Or, c'est en soi une raison suffisante pour que les humains aient des obligations équivalentes envers les animaux, sans quoi ceux-ci seraient victimes d'une escroquerie, car comment qualifier autrement une situation où l'une des parties n'a que des obligations, tandis que l'autre n'en a aucune ? Le terme de dictature, probablement, du fait de son aspect systémique, conviendrait mieux, car c'est bien tous les animaux qui sont victimes de cette situation, et tous les humains qui profitent de ce déséquilibre systématique et institutionnalisé.

Le fait que les animaux ne puissent pas se représenter la sanction en tant que telle n'empêche donc aucunement de considérer que les animaux aient des devoirs symétriques à leurs droits, de la même manière qu'il n'est nul besoin d'exiger d'eux de se représenter leurs droits pour qu'ils puissent les posséder, car c'est là leur intérêt objectif, ainsi qu'il est de leur intérêt objectif, dans le cadre des droits-devoirs fondés sur la réciprocité, d'être soumis au respect des droits équivalents des autres.

Il ne s'agit évidemment pas de faire retour aux procès d'animaux comme au moyen-âge (encore que cela puisse être aujourd'hui préférable aux traitements expéditifs dont ils font l'objet), mais simplement de comprendre que les animaux, qui se voient imposés des devoirs, doivent logiquement, pour cette raison comme pour d'autres, bénéficier de la protection de droits comparables à ceux dont on leur impose le respect.


david@droitsdesanimaux.net, membre fondateur de l'association Droits des Animaux - 2007
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